La domination masculine.

Je suis allé voir hier soir le film La domination masculine, de Patric Jean, au Caméo Saint-Sébastien. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de rester ensuite pour le débat, car j’aurais eu deux trois choses à dire au réalisateur.

Parlons d’abord de la salle : globalement CSP +, à 80% composée de femmes, et parmi les femmes, deux tranches d’âge surreprésentées : les 20-30 ans et les 50 et plus. Autant vous dire que quand on rentre dans un environnement comme celui-là, on se fait tout petit. D’ailleurs, ça n’a pas loupé : après avoir croisé un ami dans la salle me félicitant d’être venu, deux personnes, quelques sièges plus loin, ne se sont pas privées de ce jugement hâtif : « tiens, on a un macho à côté de nous ». Ben oui évidemment, je suis macho et je suis maso en plus d’être miso, et je viens voir 1h43 de film où je vais m’en prendre plein la gueule. Passons.

Globalement, le film est lent. Très lent. C’est le principe même du documentaire me direz-vous. Seulement voilà : avec une bande-son inexistante et de trèèès longs plans fixes sans aucun bruit, la salle se retrouve plongée dans un silence de mort, renforcé par les plans presque voyeuristes sur les conséquences physiques des violences conjugales.

Les constats posés sont les bons, et j’ai été, comme tout le reste de la salle, effaré devant tant de justesse, même si parfois cela va trop loin : on se demande si l’auteur n’a pas fait exprès de choisir les hommes les plus débiles, les plus grossiers, afin de bien appuyer son propos. Dans le registre du pamphlet, ça n’a rien de choquant, mais c’est d’une subtilité contestable.

En fait, c’est tout le film qui manque de subtilité et de nuances. En voulant montrer la réalité crue de la domination masculine, le réalisateur enchaîne les plans et les thématiques sans transition, sans commentaire, et met finalement tout sur le même plan. Et c’est là que le malaise arrive : mettre sur le même plan les violences conjugales, la tuerie de 1989 à l’école Polytechnique du Québec, le sexisme des livres pour enfants et les mannequins retouchés sur Photoshop me semble assez dangereux.

J’aurais également aimé qu’on montre des hommes qui se battent pour la cause féministe, car ils sont nombreux – et j’en suis. En ne les montrant pas, en laissant les témoins utiliser le présent de vérité générale, on tombe dans un essentialisme du plus mauvais goût qui certes asseoit bien la thèse de la domination masculine (que je partage) mais globalise à l’excès les comportements masculins et nous met tous dans le même panier. J’en suis sorti du cinéma presque honteux. Le fil rouge du film, un tableau affichant des images phalliques de toute sorte, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, renforce cette idée que l’homme est ainsi fait depuis la nuit des temps, et ne changera jamais.

De quoi filer la nausée aux hommes qui se battent pour l’égalité. Pas sûr que ce film ait eu la meilleure approche.

A voir : l’article d’Olympe, qui n’est pas si éloigné de mon analyse :)

Catégorie : Coup de gueule 6 commentaires »

6 commentaires pour “La domination masculine.”

  1. olympe

    j’ai eu à peu près le même ressenti et je trouve que cette tribune offerte aux masculinistes est plutôt une aubaine pour eux.

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  2. polluxe

    Pas tout à fait d’accord.
    Il ne s’agissait pas pour ce documentaire qui est en effet un pamphlet de faire une synthèse générale en parlant aussi des hommes féministes – d’ailleurs on en voir un dans le groupe des féministes québécoises – mais de montrer ce qu’il reste encore de la tradition et du passé patriarcal dans les mentalités actuelles. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a que ça.
    Ensuite il ne met pas tout sur le même plan et j’y ai vu moi un enchaînement (http://polluxe.wordpress.com/2009/12/01/la-domination-masculine-2/).
    Enfin les « masculinistes » sont tellement ridicules dans ce documentaire avec leurs images sur la virilité (aller de l’avant, etc…) que ce n’est en aucun cas une aubaine pour eux. Dans la salle où j’étais les gens, hommes et femmes, riaient.
     
     
     

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  3. MP

    « Ensuite il ne met pas tout sur le même plan et j’y ai vu moi un enchaînement »

    Il parle lui-même de « continuum » dans cette vidéo, pourtant … C’est ça que je pointe du doigt.

    http://player.canalplus.fr/#/294908

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  4. polluxe

    Que pointez-vous exactement, en quelques mots ?

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  5. MP

    Très simplement, le fait de mettre sur le même plan violences conjugales, folie meurtrière anti-féministe et déterminisme infantile sur les jouets. Ce n’est pas moi qui le dis mais le réalisateur, qui parle de « continuum », d’origine commune à tous ces faits certes incontestables mais qu’on ne peut pas tous mettre sur le même plan. Vous voyez ce que je veux dire ?

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  6. polluxe

    Non. Le fait que cela se suive parce qu’il y a un lien, une origine commune (l’infériorisation de la femme) ne veut pas dire que les phénomènes soient équivalents.

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