Retraites : le désespoir des jeunes

18 juin 2010 — 2:34

L’heure est à la résignation. C’est la première fois, en presque dix ans d’adhésion au Parti socialiste, que je me sens, que je nous sens aussi déprimés et fatalistes face à une attaque de la droite. Quand je dis « nous », je veux parler des jeunes, pas forcément les jeunes socialistes, mais les jeunes dans leur ensemble.

Faites le test, et parlez avec une personne entre vingt et trente ans. Parlez-lui de la réforme des retraites ; je puis vous parier que sa réaction consistera en un haussement d’épaules, suivi d’une phrase type « de toute façon c’est cuit », « on sait qu’on aura rien », « on travaillera de toute façon jusqu’à 70 ans », etc.

Hier, le PS Meurthe-et-Moselle recevait Pierre Moscovici, dans le cadre des Rencontres Retraite. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire état de mon désarroi, sur deux points : d’abord, il existe aujourd’hui un vrai décalage entre l’état d’esprit des jeunesses et celui de 2006, lors de la bataille contre le CPE. Et ce n’est pas simplement parce qu’ils se sentiraient moins concernés ; je crois au contraire que Sarkozy et ses amis ont gagné une lourde bataille psychologique, en martelant depuis des années qu’il n’y a aucune alternative, etc.

Le deuxième constat est celui de l’incertitude la plus totale : le plan du gouvernement va jusqu’en 2018 et celui du PS jusqu’en 2025. Je suis bien sûr d’accord avec Moscovici, il est absolument hors de question de faire des vues de l’esprit, notamment démographiques, jusqu’en 2050. Mais dans une situation comme la nôtre, faite d’interrogations et de fatalisme pour les années à venir, le fait de savoir que nous nous battrions pour sauvegarder les retraites de la génération de nos parents sans savoir ce qu’il va advenir de la nôtre n’est, pour sûr, pas mobilisateur.

L’intervention de Michel Dinet sur le vivre ensemble et la nécessité de la mobilisation avait quelque chose de beau et de courageux, comme toujours chez lui. Mais celle de Moscovici a achevé de me laisser songeur : comment dire que cette réforme est faite pour les jeunes, quand le PS propose aux étudiants de cotiser pendant leurs études alors qu’ils sont souvent sans le sou ?

La journaliste de France 5 qui était là a sans doute bien saisi ma perplexité, et il y a des chances que je sois dans le sujet de C Politique dimanche ; j’espère qu’elle a compris que ma perplexité n’est pas envers le PS, mais envers la génération qui nous précède et qui a tendance à sauver ses meubles pendant que notre propre maison brûle.

1 commentaire » | Non classé

La rénovation passe par l’exemple. Mais pas seulement.

10 juin 2010 — 9:54

La rénovation du PS avance. Même si le terme de « révolution démocratique », utilisé par Arnaud Montebourg, me semble plus qu’exagéré, la mesure phare du non-cumul des mandats est un immense progrès dans la vie du parti et de la démocratie représentative. Mathieu Klein lui-même vient d’annoncer sur son blog qu’il est à l’heure des choix : ou vice-présidence du conseil général, ou législatives, ou municipales. Ce choix annoncé l’honore, quand d’autres camarades préfèrent, eux annoncer leur candidature à un autre mandat sans prendre de telles précautions.

Mathieu Klein parle lui-même d’exemple. Malheureusement, l’exemple venant des candidats ou élus-candidats ne suffit pas. Nous avons désormais besoin d’entamer quelque chose de plus souterrain, de moins spectaculaire et sans doute moins modifiable dans les statuts du parti : changer les mentalités ; entamer une bataille culturelle au sein de nos propres cercles, aller voir chaque militant, discuter. Car de nombreuses barrières sont encore à abattre : jeu des motions, jeu des générations, baronnies (qui, parions-le, résisteront à l’épreuve du non-cumul) … sont autant d’obstacles à ce fameux renouvellement, notamment générationnel, que nous appelons tous de nos voeux.

Ce combat va être ardu. A l’approche des primaires, le jeu des motions et des groupes politiques se réactive, pour ne retomber furtivement qu’en 2012 … avant de reprendre dès les législatives. Il va donc falloir que nous entamions ce changement dès maintenant. L’exemplarité n’est certes pas suffisante, mais serait déjà un grand pas. Des initiatives comme celle de Mathieu Klein sont à saluer. On aurait pu espérer une démarche similaire du côté de notre Président de Région.

1 commentaire » | Non classé

Vraiment des beaufs.

3 juin 2010 — 8:57

Sur Twitter, depuis le début de la journée, le nouvel hashtag à la mode est … #vraimentPD.

(source)

L’article de Yagg, dont est tirée cette capture d’écran, résume bien mon état d’esprit : non, ce n’est pas drôle. En plus d’être une insulte homophobe, « pédé » est synonyme ici de naze, ringard, neuneu, etc. Alors oui, j’entends d’ici mes copains gays venir me dire que « pédé » est au moins autant utilisé par eux. Je trouve que c’est une erreur, soit dit en passant. Parce qu’il y a une banalisation de l’insulte, en oubliant totalement son origine, son histoire, ce à quoi elle a amené.

Plus proche de moi, j’entends souvent les gamins que je surveille, dans mon collège, se lancer des « mais t’es vraiment un gros gay », « pédé » et j’en passe. Et ce ne sont pas des surnoms affectueux, pour sûr.

Alors non, ça me fait pas rire, surtout depuis que je me suis fait insulter de sale pédé à la Marche des Fiertés 2009.

Vraiment pas. Bande d’abrutis.

7 commentaires » | Coup de gueule

La vie sans.

30 mai 2010 — 11:45

Trois mois de stage. Et, peu ou prou, trois mois sans militantisme. Mes quelques (rares) passages sur ce blog n’y changent rien. J’ai vraiment déserté le militantisme. Je l’entrevois sous un angle inédit et assez original, et je ne sais pas trop si je serai capable de me départir de ce côté vieux con qui gueule dans son salon, pour enfin bouger mon cul et aller défendre mes droits et ceux des autres dans la rue. Cela nécessite un courage que, j’avoue, j’ai un peu perdu. Il faut dire qu’en huit années de militantisme, j’ai accumulé pas mal de déceptions.

L’autre changement majeur est plus personnel. Je vais cesser de m’inventer cette identité italienne que je n’ai jamais eue, et arrêter de parler de l’Italie comme si j’y étais né. Je vais d’ailleurs arrêter de parler italien, cet exercice me serre bien trop le coeur. Trop de sentiments refoulés, de colères accumulées, de projets avortés. Ce week-end, à la Foire internationale de Nancy, parler italien sur un stand avec des exposants m’a fait immensément de mal. Je me suis rendu compte que cette langue n’était pas la mienne, que je ne l’avais pas apprise pour des raisons intellectuelles ou parce qu’elle m’aurait plu à une époque. Je dois donc me débarrasser de ce qui est devenu un méchant tic, à éradiquer.

Je crois que j’ai ma dose de changements pour cette année.

1 commentaire » | Non classé

C’est quoi, un homme, au juste ?

27 mai 2010 — 9:50

Ceux qui me suivent sur Facebook le savent : je suis féministe. Seulement, depuis quelques temps, en fait depuis que je me revendique comme féministe, j’éprouve toujours une sorte de complexe, complexe alimenté par les remarques de certaines femmes dans mon entourage plus ou moins proche. Comme si le fait d’être un homme m’interdisait toute sincérité dans la démarche féministe, au même titre que le fait d’être un hétéro m’interdisait toute légitimité dans le mouvement LGBT.

Cela peut aller du simple cliché : « Alors, Maxime, en bon rital tu fous pas grand-chose à la maison pas vrai ? » à des critiques beaucoup plus brutales, qui ne me sont pas directement adressées, mais me font beaucoup de peine. Des critiques misandres, par exemple, issues du lesbianisme radical, des réactions suite à une agression lesbophobe du style « coupons-leur les couilles », etc.

Clairement, ces choses-là me blessent. Penser qu’un homme, quel qu’il soit, ne peut pas défendre la cause féministe, c’est au mieux de l’essentialisme un peu beauf, que je peux lire chez certaines lesbiennes radicales, soit tout bonnement du sexisme. Et je trouve ça plutôt grave.

Mais qu’est-ce que ça veut dire, au juste, être un homme, un « mec » ? J’ai toujours été plus ou moins mal à l’aise avec ce concept un peu totalisant, depuis que je suis gosse. J’ai très vite mal supporté l’idée de l’homme qu’on tentait de m’imposer, et les quelques « modèles » (avec tous les guillemets possibles et imaginables) paternels que j’ai pu croiser résumaient cela en « un homme, ça se bat », « un homme, ça pleure pas », « un homme, c’est pas une tapette », et autres sympathiques joyeusetés que j’abhorre aujourd’hui.

Être un « homme », je ne sais pas ce que c’est et je ne veux pas le savoir. C’est sans doute un ensemble de constructions sociales et culturelles dans lesquelles je ne me reconnais pas. Allez répéter ma dernière phrase à un « homme », et il vous crachera au visage que vous n’êtes qu’un pédé. Allez défendre votre bifteck féministe devant une « femme », et elle vous dira que vous n’êtes pas crédible en tant qu’homme.

C’est à devenir fou.

9 commentaires » | Coup de gueule

Juste un caillou

19 mai 2010 — 6:52

Une nouvelle venue débarque sur la blogosphère locale ! Il s’agit de ma pote Maud Hugot, conseillère municipale de Nancy, qui vient d’ouvrir un blog sobrement intitulé Juste un caillou.

Il y a déjà un paquet d’articles, je ne saurais trop vous inviter à passer y faire un tour. Pour ma part, je craque déjà sur son joli logo (à gauche) …

Bonne chance à la nouvelle blogueuse ! ;-)

3 commentaires » | Non classé

Bravo, Martine !

19 mai 2010 — 7:37

Ce matin, la France du débat sur les retraites se réveille avec les propositions du Parti socialiste. Qu’est-ce qu’on aura entendu ces dernières semaines : « une stratégie nulle », « une attente incompréhensible » … et ce, y compris dans nos rangs.

Ce matin, la démonstration est magistrale. Les propositions du gouvernement étaient déjà plus ou moins connues depuis longtemps, aussi, la simple lettre envoyée aux syndicats était tout sauf une surprise ; en ce qui concerne le PS, sa première secrétaire a réussi le tour de force de cristalliser le débat autour de nos propositions. J’en veux pour preuve les réactions de l’UMP, Valérie Rosso-Debord (bien connue dans le coin) en tête, incapable ce matin de défendre ses propositions, dans une interview axée sur trois arguments :

- Les ténors du PS ne sont pas d’accord entre eux (alors qu’un bureau national a voté les propositions)
- Les propositions du PS sont irréalistes, avec notamment ce bijou de There Is No Alternative :

« Le PS ne se rend pas compte que le monde a changé. On gagne un trimestre d’espérance de vie par an. On ne peut pas être le seul pays en Europe à travailler 35 heures par semaine, au lieu de 42 heures en moyenne dans les autres pays, où l’âge de départ à la retraite est autour de 67 ans. Un peu de discernement et de réalisme ne nuirait pas au PS. »

- Nous sommes derrière le gouvernement (sans déconner ?), les Français sont avec nous. Lire la suite »

1 commentaire » | PS, Valeurs

Le bouton Facebook « j’aime » est-il une abomination ?

13 mai 2010 — 4:03

C’est ce commentaire de l’amie Celinextenso qui m’a mis la puce à l’oreille :

Ce n’est pas la première à me faire cette remarque. L’ami Svoboda, qui commente souvent ici, et d’autres, m’ont fait part de cette polémique qui enfle depuis quelques temps sur le fameux bouton iLike Facebook, que l’on peut insérer sur son site ou son blog en utilisant ses données utilisateur Facebook.

Alors, je suis allé me documenter sur la question, parce que quand il s’agit de copines/copains blogueuses/blogueurs ou d’ami-e-s qui commentent, je prends toujours au sérieux leurs remarques. Résumons :

- Ce bouton ne fonctionne que si vous êtes connecté à Facebook. Or, 9 personnes sur 10 ne se déconnectent jamais.
- Le fait de consulter les pages du blog en restant connecté-e fournit manifestement à Facebook l’information suivante : vous êtes venu-e ici. Diantre, quelle horreur, on va savoir que vous consultez des blogs d’affreux gauchissss ;-)
- Ce petit plugin donnerait des informations « capitales » à Facebook en terme de ciblage comportemental.

Je retiens trois choses.

- D’abord, et on ne le répétera jamais assez, la vie privée sur Internet est quelque chose qui se délimite soi-même. Vous ne voulez pas qu’on sache que vous êtes parti en week-end, photos à l’appui ? Ne les publiez pas, ou si vous le faites, appliquez les filtres nécessaires pour que seuls vos amis puissent en profiter.
- Pour Facebook, c’est pareil. Le procédé utilisé est vieux comme le monde, et est pratiqué dans tous les réseaux de pub : un simple cookie permettant de vous suivre à la trace. Pour préserver votre vie privée, et si ce bouton fait si peur à certains (alors qu’il ne s’agit, pour moi, que d’une interaction supplémentaire avec le réseau social en question), bannissez l’adresse de vos serveurs DNS, utilisez des plugins comme AdBlock, que sais-je :-)
-  Je n’ai, personnellement, aucun accès aux données vous concernant. Cela nécessite des compétences techniques que je n’ai pas, et ce n’est carrément pas mon but.

Maintenant, si le tollé est général, je ne manquerai pas de reconsidérer l’implantation de ce bouton sur les pages de Rhapsodies. A vous de me dire ce que vous en pensez. ;-)

8 commentaires » | Non classé

Pour un mouvement féministe où les hommes ont toute leur place.

11 mai 2010 — 8:50

Le combat féministe est un combat universel. Ce n’est ni un combat communautaire, ni une lutte entre genres, encore moins un conglomérat d’intérêts particuliers. Aujourd’hui, en 2010, nos sociétés occidentales ont laissé s’installer de nouvelles inégalités après en avoir mollement corrigé d’autres et, ailleurs dans le monde, la situation est souvent catastrophique.

Nous, hommes et féministes, avons une responsabilité particulière dans cette stagnation.

Nous avons laissé ce combat devenir un combat de femmes. Nous avons contribué à ce que les mouvements féministes soient si peu mixtes et si peu peuplés d’hommes, alors que notre rôle est de nous battre côte à côte pour l’égalité réelle. Aujourd’hui, le combat féministe fait du surplace. Et ce ne sont pas les ridicules Etats généraux de la Femme du magazine Elle qui vont nous faire changer d’avis.

Face à l’essoufflement de ce mouvement de progrès, nous devons être unis pour l’égalité des droits. Tous ensemble. La responsabilités des féministes, de tout parti, de toute obédience, de tout pays, est grande : contribuer à construire un grand mouvement féministe unitaire. Et ne pas sous-traiter aux femmes la question féministe, comme on a sous-traité la lutte anti-raciste aux immigrés de première, deuxième ou troisième génération depuis les années 80.

Deux obstacles se présentent à nous : d’abord, notre incapacité actuelle à nous mobiliser en masse dans les mouvements existants. Combien d’hommes dans les mouvements féministes ? Combien d’engagés parmi les engagées ? L’autre obstacle est malheureusement, parfois, celui de la mise à l’écart de ces mêmes hommes sensibles aux revendications féministes. Récemment, un collectif créé en Lorraine invitait « toutes celles que la cause des femmes en France et dans le monde intéresse ». Les hommes n’y étaient manifestement pas invités. Dommage.

Les années 2010 doivent être celles du renouveau du mouvement féministe en France. Et cela commence par une adhésion massive de l’ensemble des personnes concernées, femmes ou hommes, pour faire progresser durablement l’égalité. Nous n’avons pas d’autre choix.

4 commentaires » | Non classé

Avant de fêter l’Europe, faisons-la vivre.

9 mai 2010 — 10:15

Aujourd’hui, c’est le 9 mai. 9 mai, journée de l’Europe. Pour bon nombre de nos concitoyens, c’est une journée parmi tant d’autres, à ranger à côté de la journée internationale sans voiture, de la journée de lutte contre machinchose, etc. Et pourtant … nous célébrons bien la Déclaration Schuman.

Soixante ans après cette déclaration, que reste-t-il de ce qui était hier une grande promesse ? Dans les coeurs des Européens, pas grand-chose ; politiquement, une construction hybride laissant toujours plus un sentiment d’inachevé ; économiquement, une absence de gouvernement économique et une zone euro pas étendue à l’ensemble des pays et fragilisée.

Au PS, comme dans tant d’autres partis politiques de gouvernement, on aime à dire que nous sommes un parti européen. Sans doute. Mais les militants, eux, s’en fichent. En tant que délégué fédéral à l’Europe, j’en ai fait la douloureuse expérience. Il n’y a aucune culture européenne au sein du parti, à part dans les quelques contributions que l’on retrouve aux congrès, ou, je vous parie ma chemise, lors de la prochaine convention où l’on retrouvera l’antienne du « L’Europe est l’échelon adéquat ».

Mais l’Europe des militants ? L’Europe des peuples ? Quelle place a-t-elle dans nos projets passés et futurs ? Nationalement, choix est fait de ne parler d’Europe que tous les cinq ans pour les élections, ou épisodiquement pour dire que l’Europe ne joue pas son rôle. Alors, localement, on rame. Et cette Europe que nous aimons tant, nous ne savons pas, aujourd’hui, la faire vivre.

60 ans après la Déclaration Schuman, la remise en question est obligatoire.

Pas de commentaire » | Coup de gueule

Retour en haut