« Une campagne qui n’accroche pas sur le fond »
C’est le constat de Stéphane Rozès dans une interview pour Libération :
« Si les hommes politiques sont portés par le fond, s’ils ont à offrir une proposition qui fait sens, il n’y a pas de raison que la vulgarité l’emporte. Mais les mises en cause, les attaques personnelles sont toujours l’expression d’une campagne qui n’accroche pas sur le fond. »
Je suis globalement d’accord avec cette interview, et je vais sans doute aller plus loin. Je pense que la gauche dans son ensemble, majoritaire dans les Régions depuis 2004, a une responsabilité particulière dans la tournure que prend cette campagne. Bien sûr, la gauche et particulièrement le Parti socialiste font campagne sur des projets, chacun d’entre eux est consultable sur les sites respectifs des candidats. Malheureusement, dans la grande majorité des cas, les majorités régionales d’aujourd’hui ont fait le choix d’une campagne insistant très lourdement sur leurs bons bilans.
Loin de moi l’idée de contester ce fait : le bilan des régions socialistes est globalement positif, notamment en Lorraine. Seulement, à trop axer nos campagnes sur nos bilans respectifs, à trop faire preuve de timidité en jouant sur les particularismes locaux, nous oublions deux choses essentielles dans cette élection : premièrement, son caractère éminemment national à deux ans des présidentielles, deuxièmement sa valeur de test pour les socialistes, notamment sur leur capacité à présenter des projets forts et à mobiliser les citoyens. Or, l’abstention s’annonce massive, notamment dans les quartiers populaires, alors que chacun sait que c’est en mobilisant les électeurs que nous avons des chances de gagner 2012.
Attention cependant à ne pas tomber dans un masochisme de mauvais aloi : la droite partage pleinement la responsabilité d’une campagne sans fond, en agitant le spectre des impôts régionaux et des dépenses publiques, en multipliant les erreurs, en Lorraine comme ailleurs, les bourdes et les maladresses. Totalement impréparée à une échéance qu’elle ne semble pas estimer capitale, la droite voit le vernis de l’unité se craqueler, et le fond est totalement oublié.
Sans doute devons-nous constater ici une erreur de stratégie des états-majors, quels qu’ils soient. Ces élections régionales sont la manifestation d’une immense timidité des têtes de listes, les uns s’appuyant à l’excès sur le bilan, les autres attaquant ce dernier avec autant d’excès.
Quel que soit le résultat au soir du 21 mars, je crains que la démocratie n’y ait pas gagné grand-chose.
