Retraites, le fatalisme ordinaire.
Dans l’opinion, la bataille est déjà gagnée pour les gouvernants. Qui n’a pas entendu autour de lui, ces derniers mois, des soupirs entendus, des haussements d’épaules désabusés, des « bah » qui veulent tout dire, dès l’instant où l’on parle des retraites ?
Les plus fatalistes restent évidemment les jeunes. Sans me faire porte-parole de ma génération, je crois pouvoir affirmer que nous avons tous plus ou moins la certitude que c’est plié, que cette réforme se fera bien évidemment sans nous, et que nous sommes partis pour travailler jusqu’à au moins 65 ans. Moi-même, je ne rentrerai réellement sur le marché du travail que cette année ou l’année prochaine, donc à 23 ou 24 ans, malgré mes quelques stages, mes petits boulots et mes expériences diverses. Autrement dit, à moins de bosser dans la territoriale (et encore), je peux m’asseoir sur une retraite à 60 ans et ce, de façon définitive.
Pourtant, nous aurions tous des choses à faire valoir. La vraie injustice, ce n’est pas que l’on passe à un âge légal de départ à la retraite à 61 ou 62 ans. L’injustice, c’est que tout le monde y passe, avec parmi eux les ouvriers, les gens qui ont commencé à 14 ans, les métiers pénibles, etc etc. Je ne pense lever aucun tabou en disant qu’il y a effectivement moins de pénibilité à travailler dans un bureau qu’à manoeuvrer un Caterpillar tout l’année, qu’il neige, qu’il vente ou qu’il pleuve.
Nous avons eu une discussion vraiment très intéressante avec quelques amis, hier soir, à ce sujet. Ensemble, on évoque quelques pistes, comme par exemple un système de points en fonction de la pénibilité du travail. Problème : comment on la détermine, cette pénibilité ? Réponse sociale-démocrate traditionnelle : les syndicats négocieront branche par branche. Autre problème : on sait tous que ces négociations avantageront le public, au détriment du privé, et on reviendra aux inégalités type 37.5 / 40 ans.
La réponse est pourtant là, à mon sens. Déterminer la pénibilité et les conditions de travail de telle ou autre branche, c’est assurer le début d’un système échelonné et égalitaire, où les personnes qui ont des métiers « plus faciles » cotisent plus pour celles qui ont des métiers pénibles.
Mais ce n’est pas la seule réponse. Pour réaliser une réforme juste, on ne peut pas juste mettre à contribution les salariés, les employés. Il va falloir, à un moment donné, que les patrons mettent les mains dans le cambouis. Taxer le capital est absolument indispensable pour assurer la pérennité financière de ce nouveau système de retraites.
Bref, ce débat s’annonce passionnant. Pour qu’il le soit pleinement, il va falloir que l’ensemble des partis arrête d’avancer masqués, et notamment le PS. On a absolument besoin de sa voix pour ce débat fondamental, et il faut arrêter, maintenant, de jouer la carte ridicule du copyright par peur de voir ses idées piquées par le gouvernement. Ou alors on ne propose plus rien jusqu’à 2012 – vous voyez l’absurdité de cette position ?

Ce lundi soir, je suis allé à la conférence-débat sur le dernier livre de Renaud Dély, intitulé Besancenot, l’idiot utile du sarkozysme, conférence organisée par les étudiants de l’IUT Charlemagne.